Kägiswil: un clap de fin qui fait du mal à toute une région
Actualité
20 Juil, 2026

L’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) a déclaré définitivement échouée la reconversion civile de l’ancien aérodrome militaire de Kägiswil, dans le canton d’Obwald. 

Derrière cette décision administrative se cache une réalité brutale pour toute une région: la perte d’une infrastructure aéronautique fonctionnelle, amortie et irremplaçable, où des pilotes se formaient depuis des décennies. Un signal d’alarme qui doit être entendu bien au-delà de la Suisse centrale – et en premier lieu en Romandie.

Dans un communiqué du 16 juillet 2026, l’OFAC a annoncé refuser à la Coopérative d’aérodrome d’Obwald (Flugplatzgenossenschaft Obwalden, FGOW) la reconversion de l’ancien aérodrome militaire de Kägiswil en aérodrome civil. L’exploitant du champ d’aviation souhaitait pourtant simplement poursuivre les activités existantes, notamment la formation et le perfectionnement de pilotes. Sa demande, déposée en mai 2021 conformément à sa fiche du Plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique (PSIA) du 2 septembre 2020, comprenait l’autorisation d’exploitation, le règlement d’exploitation et l’approbation des plans.

La procédure a achoppé sur un point formel: la FGOW n’est pas parvenue à réunir les déclarations de consentement des propriétaires fonciers situés dans le périmètre de l’aérodrome – pour l’essentiel des agriculteurs voisins, précise 20 Minuten. Exigées par l’OFAC en décembre 2023 et confirmées par le Tribunal administratif fédéral, ces signatures manquantes ont scellé le sort du dossier.

La décision a été notifiée aux parties le 15 juillet 2026 ; un recours reste possible devant le Tribunal administratif fédéral. Le contrat de droit de superficie liant la FGOW à armasuisse expire fin septembre 2026, avec une restitution ordonnée du site prévue d’ici janvier 2027. Ni une pétition réunissant 10 820 signatures, remise à la Chancellerie fédérale selon l’Aéro-Club de Suisse, ni les propositions de modification du projet déposées en 2026 n’auront suffi.

Ce que la région perd: emplois, formation, connectivité

Au-delà de la procédure, le bilan pour la Suisse centrale est lourd. Kägiswil formait des pilotes depuis des décennies: c’est un maillon de la relève aéronautique nationale qui disparaît, à l’heure où le transport aérien, l’aviation d’affaires et les services de secours peinent déjà à recruter. Avec la fermeture, ce sont aussi les activités économiques liées à la plateforme – exploitation, maintenance, écolage, vols de découverte – et les emplois qui en dépendent qui perdent leur raison d’être. Enfin, dans une région déjà isolée, c’est un accès aérien de proximité qui disparaît. Une fois la piste disparue, cette connectivité ne se recrée pas: aucune nouvelle infrastructure aéronautique de ce type ne se construit plus en Suisse.

Une perte de compétences… et de fonds publics 

Le président de la coopérative d’aérodrome dénonçait récemment dans 20 Minuten la manière dont les aviateurs devaient être «activement chassés de l’aérodrome». La Rega, qui projette d’établir sur le site sa base centrale de maintenance d’hélicoptères, n’a pas besoin de la piste: celle-ci devrait donc être démantelée.

C’est peut-être l’aspect le plus difficile à accepter: l’aérodrome de Kägiswil est une infrastructure financée par les deniers publics, construite pour l’armée, entretenue pendant des décennies, aujourd’hui amortie et parfaitement fonctionnelle. Plutôt que de continuer à servir la collectivité – formation, aviation légère, connectivité régionale – cette piste opérationnelle est promise à la démolition. Une immense valeur patrimoniale et opérationnelle, payée par le contribuable, ne servira plus à rien, tout en générant de nouveaux coûts pendant les années à venir. 

Maintenir l’existant est une priorité 

Le cas de Kägiswil dépasse largement la Suisse centrale. Il démontre qu’une infrastructure aéronautique, même fonctionnelle, même soutenue par des milliers de citoyens, peut disparaître au terme d’une procédure administrative. 

Pour la Romandie, dont l’attractivité économique, la Genève internationale et le tissu de PME dépendent de plateformes aéroportuaires performantes – de Genève-Cointrin aux aérodromes régionaux –, la leçon est claire: les conditions-cadres et les infrastructures aériennes doivent être défendues avant qu’elles ne soient menacées. Chaque piste perdue est perdue pour toujours, avec ses emplois, ses filières de formation et sa connectivité. Ce constat est au cœur de l’engagement d’AERIA+ qui met toute son énergie à soutenir et maintenir l’infrastructure aéroportuaire romande. 

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