Publiée début septembre, l’étude INFRAS sur l’impact économique de l’Aéroport de Genève donne des données importantes sur le lien entre les activités de la plateforme aéroportuaire et leurs impacts économiques. En zoomant sur le fret aérien, l’étude confirme quantitativement les intuitions partagées par une majorité : la moitié des exportations genevoises décollent de Cointrin.

L’étude d’impact économique réalisée par INFRAS pour l’Aéroport International de Genève et publiée le 3 septembre 2026 consacre un chapitre spécifique aux activités de fret. Résultat pour 2024 : environ 350 millions de francs de valeur ajoutée et 2’400 emplois en équivalents plein temps (EPT). L’aéroport a traité cette année-là 92’615 tonnes de marchandises, et 96’000 tonnes en 2025. Plus de 90 entreprises interviennent dans la chaîne sur la plateforme de Genève-Cointrin. La majorité relève du fret aérien et de la logistique, et la plupart sont installées dans la halle de fret de la plateforme. S’y ajoutent des entreprises d’assistance, des autorités publiques – douane, contrôles – et l’ensemble des compagnies aériennes qui transportent des marchandises en soute dans le cadre de leurs opérations passagers.
Ce dernier point pose une difficulté d’attribution que le rapport reconnaît explicitement : le fret en soute relève à la fois du fret et des services passagers. Là où une attribution univoque était impossible, des clés de répartition ont été appliquées sur la base d’évaluations d’experts fournies par les entreprises concernées ou par l’aéroport. Le chiffre de 350 millions est donc une estimation raisonnée, pas une mesure directe.
| Effet | Valeur ajoutée | Emploi |
| Direct | 170 mio CHF | 1’030 EPT |
| Indirect | 40 mio CHF | 220 EPT |
| Induit | 140 mio CHF | 1’150 EPT |
| Total | 350 mio CHF | 2’400 EPT |
Les effets direct et induit portent l’essentiel de la valeur ajoutée et de l’emploi ; l’effet indirect ne représente qu’environ 10 % du total, pour la même raison méthodologique que sur l’ensemble de la plateforme – les intrants achetés hors de Suisse et de la région frontalière française sortent du périmètre de calcul, tout en étant bien – au final – des externalités positives de la présence de l’aéroport.
La concentration sectorielle est visible : plus de 90 % des effets totaux relèvent du segment « compagnies aériennes », qui inclut le fret aérien et la logistique, soit environ 330 millions de valeur ajoutée et 2’220 EPT. Le solde se répartit à peu près également entre les activités aéroportuaires, le commerce et la restauration, et les activités non classées.
Rapporté à l’emploi, cela représente environ 146’000 francs de valeur ajoutée par EPT, un niveau proche de la moyenne de la plateforme (150’000 francs).
Le volume n’est pas la mesure de l’enjeu
Les entretiens menés par INFRAS auprès du GEM, de SuisseNégoce, de la FER, de la Chambre de commerce genevoise et d’AERIA+ confirment l’évidence : les entreprises utilisent d’abord l’aéroport pour le déplacement des personnes. Le fret vient au second rang en volume, mais il est stratégiquement important pour certaines niches.
Ces niches sont celles qui font le prestige de Genève. L’horlogerie représente 5,8 % de la valeur ajoutée brute cantonale, et le rapport souligne qu’elle dépend de l’aéroport aussi bien pour le fret à haute valeur que pour les activités de vente auprès des clients dans le monde entier.
Sur les 23 milliards de francs de biens exportés par les entreprises du canton, la moitié provient de l’industrie horlogère. Genève pesait encore 7,7 % de l’ensemble des exportations suisses en 2024, une part supérieure à son poids dans le PIB national. Les industries chimiques et pharmaceutiques, qui ajoutent 2,7 % de la valeur ajoutée cantonale, présentent le même profil : faibles volumes, valeur unitaire élevée, exigence de perfection logistique.
Autrement dit, 92’615 tonnes est un chiffre modeste rapporté aux grandes plateformes de fret européennes. Mais la valeur transportée, elle, est sans commune mesure avec le tonnage – et c’est cette valeur qui structure la balance commerciale du canton.
Le fret aérien genevois se défend sur le terrain de la valeur à l’export. Les 350 millions de valeur ajoutée mesurent l’activité logistique elle-même ; ils ne mesurent pas les milliards d’exportations qui en dépendent.
